Travailler au Québec

Le Québec fait figure d’eldorado. Des milliers de Français franchissent le pas - ou plutôt l’océan - chaque année. Responsable de la promotion au service immigration de la Délégation générale du Québec, Eve Bettez nous parle des critères indispensables pour voir sa candidature acceptée par les autorités québécoises.

« Ce qui compte, c’est moins le diplôme que l’expérience professionnelle du candidat ».

-  Comment le Québec accueille les immigrants Français ?

  • Parmi les immigrants, on compte chaque année environ 3 500 Français. La France est, depuis une dizaine d’années, le premier pays demandeur de visas québécois. Et il s’agit pour nous, unique province francophone du Canada, d’une demande prioritaire : posséder la langue française est un critère central dans notre politique d’immigration.

-  La pratique du français suffit-elle pour travailler au Québec ?

  • Le Canada, et donc le Québec, a deux langues officielles. En théorie, la maîtrise de l’anglais est un facteur important, mais non déterminant dans l’acceptation des candidatures. Mais si le français est, selon la loi, la langue employée au sein des entreprises québécoises, l’anglais s’impose de plus en plus : les États-Unis sont nos premiers clients ! Dans certains secteurs (commerce, tourisme…), il est même impensable de ne pas être bilingue. C’est à signaler aux jeunes Français, qui possèdent généralement tous leurs verbes irréguliers, mais qui n’osent pas s’exprimer. Or, on ne leur demande pas d’être parfait mais de pouvoir manier correctement cet outil de travail.

-  Quels sont les diplômes requis ?

  • Le Québec recherche des immigrants plutôt jeunes (20 à 35 ans), qui soient opérationnels immédiatement. Il n’y a pas de diplôme minimal : du CAP au bac + 8, tout jeune a sa chance ! Cependant, nous privilégions actuellement davantage les profils type BTS ou DUT que les diplômes généralistes (bac +4). Mais nous sommes moins attachés à la formation initiale qu’en France : pour trouver un emploi, ce qui compte avant tout, ce sont les compétences et l’expérience professionnelle du candidat.
Montréal : seconde ville francophone
Seconde ville francophone au monde derrière Paris, Montréal compte également 20 % d’anglophones et 50 % de bilingues.

-  Il faut donc avoir déjà travaillé avant de postuler ?

  • Il faut en effet justifier d’au moins six mois d’expérience préalable. Il ne s’agit pas forcément d’un premier emploi : cette expérience peut recouvrir des stages en entreprise, des jobs d’été ou encore des formations en alternance. Il faut savoir qu’au Québec, les jeunes sont habitués à travailler dès 16 ans afin de financer leurs études. Résultat : quand ils décrochent leur diplôme, ils peuvent présenter au moins 5 ans d’expérience professionnelle. Ce qui conditionne l’attente des recruteurs !

-  Est-ce important d’avoir déjà vécu au Québec ?

Signature d’une entente historique entre la France et le Québec
En octobre 2008, le président de la République française et le premier ministre du Québec ont conclu une entente sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, qui viendra faciliter et accélérer l’acquisition d’un permis pour l’exercice d’une profession réglementée sur l’un et l’autre territoire. Les avocats, médecins, architectes, chirurgiens-dentistes, vétérinaires, pharmaciens, sage-femmes, experts comptables, géomètres-experts et d’autres professions (voir tableau ci-dessous) pourront ainsi être mieux reconnus dans le pays partenaire, à condition que les branches professionnelles homologuées aient conclu un ARM (arrangement de reconnaissance mutuelle). Selon le ministre québécois en charge du dossier, « grâce à cette entente nous comptons réduire de 50 % à 80 % les délais requis jusqu’à ce jour pour l’obtention du permis d’exercice. Il s’agit d’une avancée concrète et sans précédent. »

-  Trouver un emploi… est-ce facile ?

  • Au Québec, il est tout à fait envisageable de décrocher un poste permanent : ce type de poste est beaucoup plus fréquent qu’en France où de nombreux jeunes s’enlisent dans de longs stages. Par ailleurs, il faut savoir que le recrutement est plus rapide là-bas : entre l’entretien d’embauche et la prise de poste, il peut se passer quinze jours à peine. Pour cette raison, la recherche s’effectue davantage sur place.

-  Y a-t-il des professions plus porteuses que d’autres ?

  • Je préfère plutôt évoquer des secteurs porteurs. Le domaine prioritaire est la recherche bio-pharmaceutique : le Québec est la province la plus active du Canada en matière de recherche et développement ! De la recherche en biotechnologies aux techniques de transformation, en passant par la commercialisation, les embauches touchent toutes les fonctions. Le deuxième secteur phare concerne les techniques de l’information et de la création multimédia (techniciens, chargés de projet etc.).
  • Ensuite vient l’aérospatial : notre province rassemble 55 % de la production canadienne. Et l’industrie aéronautique (recherche, conception, fabrication….) emploie 1 Québécois sur 200 ! Les autres domaines porteurs fluctuent selon la situation économique, mais citons également les métiers de bouche (boulangers, cuisiniers…). D’autant plus que l’expertise des Français est très reconnue !
Métiers prioritaires
Si vous exercez un métier identifié comme prioritaire, vous obtiendrez un visa plus rapidement.

-  Quelles sont les conditions de travail ?

  • Au Québec, le revenu annuel moyen est d’environ 30 000 dollars canadiens. Cependant la vie coûte moins cher : nourriture, logement, essence… Par exemple, votre loyer y sera moins élevé de moitié. Autre avantage : les salariés évoluent plus vite en ce qui concerne leurs responsabilités et leur rémunération.

-  Tous les Français se plaisent-ils au Québec ?

  • D’après une étude portant sur la décennie 1990-2000, près de 85 % des immigrants se sont implantés de façon permanente au Québec. Les raisons invoquées par les personnes rentrant en France étaient, dans l’ordre, la volonté de se rapprocher de leur famille, la mauvaise intégration de leur conjoint… et l’hiver, qui s’étend sur six mois de l’année.


PLUS D’INFOS :
- http://www.quebec.fr : site de la Délégation générale du Québec à Paris
- http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca : site du gouvernement québécois : mode d’emploi pour immigrer, évaluation en ligne de sa candidature.
- http://emploiquebec.net : Agence gouvernementale offrant des informations sur le marché de l’emploi, des perspectives par profession et par région, des offres d’emploi.
- http://www.ofqj.org : organisme bigouvernemental implanté en France et au Québec. Les programmes sont orientés sur le développement et le perfectionnement professionnels des 18-35 ans, dans les secteurs économique, culturel et social.

mais aussi :
- Fiche ACTUEL-Cidj n° 8.21 Partir travailler à l’étranger, fiche payante en ligne ou à consulter gratuitement dans la structure IJ la plus proche de chez vous.
- Fiche ACTUEL-Cidj n° 8.81 Canada, fiche payante en ligne ou à consulter gratuitement dans la structure IJ la plus proche de chez vous.


Propos recueillis par Agnès MOREL ; mise à jour par Antonin IOMMI-AMUNATEGUI, novembre 2008 - CIDJ


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